« Il y a longtemps, une idée est venue se nicher dans ma tête. Une minuscule chose de rien du tout, à peine plus grande qu’un grain de sable, une petite folie tout juste perceptible. Discrètement, cette petite folie s’est mise à grandir, à prendre ses aises, investissant patiemment le terrain, s’installant en douce.
La mélodie lointaine est devenue ritournelle joyeuse, puis refrain lancinant, dans une tonalité majeure allant tout droit vers la lumière, obstinément, et alors le thème a éclaté, sans gêne, indispensable, entêtant comme le plus grand tube de l’été.

Quand j’ai imaginé, pour la première fois, fonder un festival de musique à Obernai, mon coeur s’est mis à battre très fort. Je ne sais pas pour vous, mais moi, c’est un signe que je prends toujours très au sérieux. C’est mon coeur qui décide.
L’idée était de bâtir un terrain de jeu musical, basé sur la créativité et l’amitié, d’imaginer un laboratoire de rencontres, un atelier d’échanges entre les artistes et vous, qui venez nous écouter, de vous communiquer notre amour de la musique, de créer un lieu où l’on aime revenir parce que c’est le seul endroit au monde qui propose des Bretzels en forme de clés de sol, et peut-être aussi parce qu’on s’y sent bien, sur scène et en dehors.

Comme Obernai a dessiné un violon dans mes rêves d’enfant, le Festival de Musique donne vie à mon imaginaire de musicienne : chaque année, une flopée d’artistes extraordinaires viennent danser le hip-hop au clair de lune, ils font émerger du sable le visage de Paganini, parlent aux étoiles, dialoguent avec les oiseaux, ils improvisent, jonglent, chantent, électrisent, font des grands écarts, ils explorent les musiques d’hier, d’aujourd’hui et demain. D’ailleurs, ici on parle toutes les langues, y compris celles que l’on n’a jamais apprises, ou que l’on croyait avoir oubliées. C’est assez dingue.

Et voici que notre belle plante de festival fête sa première dizaine ! En 9 éditions j’ai recensé 852 accès de chairs de poule, 588 moments de grâce, 312 fous rire (dont quelques uns sur scène), exactement 34 fausses notes, quelques prises de bec, 266 roses lancées dans le public, un nombre modérément modéré de verres de crémant dégustés, 99 après-concerts mémorables, 625 844 sourires échangés, un taux anormalement élevé d’amour et d’émotion dans l’air... Tous ces chiffres sont rigoureusement exacts.

D’autres ingrédients, non quantifiables, font la beauté de cette histoire :
La confiance, d’abord. La vôtre, Bernard Fischer, qui suivez le festival depuis ses tout débuts d’un œil attentif, sensible et bienveillant, et qui soutenez l’aventure avec un enthousiasme formidable. Merci.
La fidélité : à vous cher public, je l’avoue ! Chaque année, j’ai peur de vous décevoir, mais vous revenez pourtant, toujours plus nombreux. Merci, et merci pour votre curiosité.
La générosité, aussi : pour goûter pleinement un concert, il faudrait en visiter les coulisses. Et rencontrer les véritables héros du festival : parce que derrière chacune des notes que produit un artiste sur scène, il y a l’un de vous, chers bénévoles, votre engagement, vos sourires, votre incroyable dévouement.
Merci à nos partenaires, complices précieux, coéquipiers au long cours de nos élans artistiques. Vous nous donnez la chance fabuleuse de transformer nos rêves en réalité !
Aucun de mes mercis ne sera à la hauteur de votre don, mais ma gratitude pour vous est gravée dans mon cœur en lettres d’or. Merci également à tous les magnifiques artistes qui ont posé leur valise à Obernai, le temps du festival : ils sont les passeurs d’une beauté sans âge et fichtrement bien vivante.

Coda
Il y en a qui tombent dedans quand ils sont petits. Dans la musique, je veux dire. D’autres, que la musique va trouver, au détour d’un coin de rue, alors que leurs pas ne la cherchaient pas.
J’aimerais vraiment que le festival de musique d’Obernai soit ce lieu là, à la croisée des chemins : une destination attendue et désirée, autant qu’un hasard de la route, ou une bourde de votre GPS. Ce qui, dans l’un ou l’autre cas, apporterait la preuve irréfutable que la vie est belle et que la musique s’écoute et se goûte partout. Si possible en dégustant un bretzel en forme de clé de sol.

Joyeuse 10ème édition ! »

 

Geneviève Laurenceau
Directrice artistique